r/BipolaireFR • u/jeffpou07 • 15h ago
Bipolarité ou traumatismes ?
Bonjour, je m'appelle Jeffrey, j'ai 20 ans. J'ai été diagnostiqué bipolaire l'année passée et aujourd'hui, j'ai besoin de comprendre quelque chose : est-ce que je suis simplement passé à travers une manie/dépression complètement hardcore, ou est-ce que mon problème va beaucoup plus loin que ça ?
Je cherche surtout à savoir si quelqu'un a déjà vécu quelque chose de similaire, parce que sincèrement, je ne comprends plus ce qui m'arrive.
Toute ma vie, j'ai eu des problèmes de consommation qui finissaient toujours mal. Psychose, thérapie, centre jeunesse, psychiatrie, prison... j'ai pratiquement tout essayé. Dit comme ça, je dois probablement pas avoir l'air de la meilleure personne au monde, mais malgré tout ça, je n'ai plus aucun problème avec personne aujourd'hui et les gens qui me connaissent m'aiment énormément. Je suis beaucoup plus du genre à m'autodétruire qu'à détruire les autres.
Pour vous donner une idée de ma vie, j'ai ma propre maison et mon propre terrain depuis mes 16 ans, je suis déscolarisé depuis mes 15 ans et je travaille à temps plein depuis. J'ai aussi fait une peine de prison à domicile d'un an jusqu'à mes 18 ans pour une affaire qui remontait à avant.
À partir de mes 18 ans, je suis devenu alcoolique, mais fonctionnel. Et ironiquement, c'est probablement la période où je me suis senti le plus heureux, productif et épanoui de toute ma vie. Mes parents eux-mêmes me disaient que j'avais l'air en pleine forme.
Ensuite, à 19 ans, sans savoir que j'étais bipolaire, j'ai accueilli chez moi une fille de 19 ans qui était à la rue. Je suis tombé amoureux d'elle. Elle était TPL et avait énormément de problèmes, mais j'étais extrêmement ouvert d'esprit et j'essayais de l'aider du mieux que je pouvais.
Même lorsqu'elle faisait des crises et me disait des choses extrêmement blessantes, j'essayais de rester calme et de l'aider à se calmer. Je l'aimais sincèrement de tout mon cœur et je lui ai donné beaucoup trop de chances.
Je faisais beaucoup d'argent pour mon âge, alors elle n'avait pas besoin de travailler et ça me convenait. Je lui laissais même ma carte bancaire pendant que j'étais au travail pour qu'elle puisse acheter ce dont elle avait besoin. Je voulais lui montrer ce qu'était une relation saine, avec de l'amour, des cadeaux, des fleurs et de la confiance.
Mais j'ai fini par comprendre que le problème n'était peut-être pas tous ses ex comme elle me le disait. Le problème était peut-être elle-même.
Elle a encore dépassé les limites et a commencé à me faire du chantage en me menaçant de me dénoncer à la police si je la quittais, notamment parce que j'étais sous interdiction de consommer à cause de ma peine.
Cette fois, j'étais complètement tanné qu'elle puisse me tenir par les couilles alors que je lui avais tout donné. Alors j'ai moi-même appelé la police pour la faire sortir de chez moi, en sachant très bien que ça pouvait me ramener en prison.
Et c'est exactement ce qui est arrivé.
J'ai fait de la prison pour un bris de conditions. Notre relation s'est terminée après environ 10 mois.
En sortant, j'ai complètement arrêté l'alcool, mais j'ai remplacé ça par le cannabis. Mon état mental était déjà complètement détruit et ça n'a évidemment pas aidé.
J'ai fini par tomber en psychose, mais j'avais encore l'impression d'être lucide. Mon médecin pensait que ce que je vivais était simplement du stress et non une psychose.
Et là, quelque chose a complètement dérapé.
Je suis devenu extrêmement euphorique parce que je pensais enfin avoir compris mon problème de consommation. Je pensais que j'allais enfin pouvoir régler ma vie, arrêter de consommer et devenir quelqu'un de normal et heureux avec le bon traitement.
Mais j'avais déjà passé une nuit blanche et je n'arrivais plus du tout à me calmer. J'étais tellement euphorique à l'idée de ne plus avoir besoin de me suicider que j'ai fini par aller moi-même aux urgences pour qu'on m'aide à me calmer.
J'avais passé au moins 36 heures sans dormir.
Le lendemain, alors que je pensais rentrer chez moi parce que j'allais déjà beaucoup mieux, les médecins m'ont fait croire que je retournais chez moi.
À la place, ils m'ont attaché et amené au CHUL en psychiatrie.
Et là, ça a été le début du cauchemar.
J'ai commencé à stresser comme je n'avais jamais stressé de toute ma vie. J'avais l'impression que j'allais faire un arrêt cardiaque. Pendant le transport en ambulance, je dépensais le peu d'énergie qu'il me restait à essayer de convaincre les intervenants que j'allais mieux.
Une fois là-bas, j'ai passé la journée à appeler mes parents pour qu'ils viennent me sortir de là. Je faisais juste stresser.
Mais personne ne m'expliquait réellement pourquoi j'étais là.
Ils ont même dit à mes parents de ne pas s'inquiéter et m'ont finalement enlevé mon téléphone.
À ce moment-là, tout ce que je connaissais de la psychiatrie venait des films. J'avais peur qu'on me donne des médicaments irréversibles, que je ne sois plus jamais moi-même et que ma vie soit finie.
Et quand je regardais les gens autour de moi, ça ne faisait qu'augmenter ma peur.
J'ai passé 4 jours à stresser sans arrêt, à presque rien manger et surtout à ne pas dormir une seule seconde.
Plus de 4 jours.
J'étais complètement terrorisé.
Finalement, ils ont compris que leur approche empirait mon état et m'ont transféré à Robert-Giffard.
Et là, tout a changé.
Ils ont eu une approche complètement différente avec moi. Ils ont pris le temps de me rassurer, de gagner ma confiance et de me faire comprendre que j'étais en sécurité.
À ce moment-là, j'avais abandonné. Je ne voulais plus rien expliquer à personne et je ne voulais même plus que personne me parle. Je fixais le vide et j'attendais juste que quelque chose arrive.
Ils ont réussi à me convaincre de prendre une pilule d'Ativan en me promettant que c'était pour m'aider et, après plus de 100 heures réveillé, j'ai enfin réussi à dormir quelques heures.
Ça m'a pris environ une semaine pour commencer à récupérer.
C'est là que j'ai appris que j'étais bipolaire et que tout ce qui venait de m'arriver était en fait une manie.
J'ai passé environ un mois en psychiatrie avant de sortir, presque complètement rétabli, mais encore un peu en manie.
Aujourd'hui, ça fait plus d'un an que je suis sorti.
Je ne consomme pratiquement plus, à part de façon récréative très occasionnellement, mais depuis cette expérience, je me sens complètement mort de l'intérieur.
Et c'est ça que je ne comprends plus.
Je ne ressens presque plus rien.
La seule émotion qui est constamment présente, c'est une anxiété ÉNORME.
Et la seule chose qui semble encore réussir à me faire redevenir moi-même, c'est l'alcool.
Quand je bois, je redeviens le gars que j'ai toujours été : charismatique, confiant, sociable, capable de parler aux gens normalement.
Sans alcool, je suis constamment stressé.
Je m'isole.
J'ai peur d'avoir l'air bizarre, donc je deviens encore plus bizarre parce que je suis stressé.
Ma voix se coupe parfois.
Mon corps se met à trembler.
Je ne me reconnais plus.
Et pourtant, avant tout ça, je n'ai jamais été quelqu'un d'anxieux.
Au début, mon stress était même tellement intense que ça me causait des boutons de cortisole au visage alors que je n'avais jamais eu ça auparavant.
Je sais que l'anxiété peut être « dans la tête », mais quand elle commence à affecter mon corps, ma vie sociale et ma personnalité au complet, je ne sais plus quoi penser.
Est-ce que j'ai développé un traumatisme à cause de mon hospitalisation ?
Est-ce que c'est ma bipolarité ?
Ou est-ce que mon problème va encore plus loin ?
Parce que sincèrement, je commence à avoir peur de devoir redevenir alcoolique simplement pour me sentir comme moi-même.
Je ne veux pas ça.
Je veux juste retrouver le gars que j'étais avant.
Quelqu'un a déjà vécu quelque chose de semblable ?
Qu'est-ce qui pourrait m'arriver ?
Et surtout, qu'est-ce que je devrais faire pour redevenir moi-même sans avoir besoin de l'alcool ?