En septembre 1792, les joyaux de la Couronne ne sont plus à Versailles. On les a rapatriés à Paris, au Garde-Meuble de la Couronne, place Louis XV, aujourd'hui place de la Concorde. Le trésor y est sous scellés depuis la prise des Tuileries.
Un an plus tôt, en 1791, la République avait fait publier et diffuser l'inventaire de ces joyaux. Neuf mille cinq cent quarante-sept diamants, cinq cent six perles, deux cent trente rubis et spinelles, avec l'estimation des grandes pierres. Le Régent y figurait pour douze millions de livres à lui seul. L'inventaire était un geste de transparence, et il disait à qui voulait le lire ce qu'il y avait dans la salle et ce que ça valait.
Les guérites des gardes nationaux se trouvaient à l'opposé de la cour qui donnait sur la salle des bijoux. Depuis la pose des scellés, ils ne faisaient plus de rondes. Le commissaire de la section des Tuileries, le peintre Jean-Bernard Restout, avait réclamé des renforts au ministre de l'Intérieur Roland, estimant le bâtiment insuffisamment gardé. Il n'a pas été entendu.
Le cambriolage s'est étalé sur cinq nuits. Une trentaine d'hommes, plus nombreux à chaque passage, au point de faire venir des femmes et de boire sur place. Ça n'a été découvert que parce qu'une patrouille, intriguée par le bruit, est tombée sur des voleurs les poches pleines de pierres.
Ensuite, douze condamnations à mort et cinq comparses guillotinés sur le lieu même du vol, place de la Révolution. Deux ans d'enquête. Les trois quarts des grandes gemmes royales ont fini par être récupérés, dont le Sancy et le Régent, retrouvés pendant le procès de Danton, que certains ont soupçonné d'avoir trempé dans l'affaire. D'autres pièces majeures ont disparu pour de bon, dont l'épée de diamant de Louis XVI.
Ce qui me reste après avoir lu les sources, c'est qu'il n'y a presque rien d'imprévisible là-dedans. L'inventaire était public, les rondes avaient cessé, et l'homme qui en avait la charge avait demandé de l'aide par écrit avant que ça arrive.
Je me demande quand même si je ne suis pas dur avec Roland. En septembre 1792 les Austro-Prussiens avancent sur Paris, on vide les prisons, et un ministre de l'Intérieur a sans doute d'autres urgences que la garde d'un dépôt de bijoux. Si quelqu'un connaît mieux le dossier Roland, je suis preneur.