Bonjour,
Je suis une femme trans de 31 ans, en couple avec mon épouse depuis 10 ans et mariée avec elle depuis 3 ans.
Je sais que je suis trans depuis environ 6 ans et mon épouse le sait depuis aussi longtemps. J'ai commencé concrètement ma transition il y a environ 8 mois. Aujourd'hui je suis sous hormones, mon apparence change progressivement, l'épilation laser de ma barbe est bien avancée et j'ai entamé les démarches pour changer officiellement de prénom. Dans ma vie quotidienne, je ne cache ma transidentité à personne.
Les dernières personnes de notre entourage proche à ne pas être au courant étaient mes beaux-parents.
Ce n'était pas vraiment un hasard.
Leur fils, donc le frère de mon épouse, est lui aussi trans. Ils sont au courant depuis un moment, mais ma belle-mère refuse toujours son prénom et continue de le genrer au féminin. Il a pourtant aujourd'hui une apparence masculine, donc je savais déjà que le problème ne se limitait probablement pas à une question d'apparence ou de temps d'adaptation.
J'avais donc peur de leur réaction et j'ai repoussé le moment de leur en parler.
Notre relation n'était déjà pas particulièrement proche. Ma belle-mère ne m'a jamais vraiment considérée comme faisant partie de sa famille et nous avons eu de grosses oppositions idéologiques par le passé. J'ai moi-même un caractère assez rentre-dedans et ça a parfois contribué à envenimer les choses.
Depuis plusieurs années, j'avais donc beaucoup travaillé à apaiser notre relation : éviter les sujets qui fâchent, ne pas relancer certaines discussions et me retirer quand je sentais que ça risquait de partir en conflit. Nous avions fini par avoir une relation globalement neutre.
Avec mon beau-père, en revanche, je m'entends plutôt bien.
Cette semaine, pendant un appel téléphonique avec ses parents, mon épouse m'a appelée plusieurs fois par mon prénom d'usage sans faire attention. Elle m'a donc accidentellement outée.
Je précise que je ne lui en veux absolument pas. Devoir jongler entre deux prénoms en fonction des personnes présentes n'est pas évident et ça devait probablement finir par arriver.
Après ça, j'ai décidé de tendre directement la main à ma belle-mère.
Je lui ai envoyé un message pour lui dire que je comprenais que ma transition puisse susciter des questions ou des inquiétudes, et qu'elle pouvait me poser toutes les questions qu'elle voulait, même maladroites ou indiscrètes.
Je lui ai aussi explicitement dit que je ne lui reprocherais jamais de se tromper de prénom ou de pronom tant que je voyais qu'elle essayait. Même mon épouse et mes amis font encore parfois des erreurs.
Sa réponse commence par :
« Cc [deadname], le contexte est effectivement très particulier. Être marié puis devenir femme tu avoueras que c'est troublant. »
Elle s'inquiète ensuite notamment de savoir si mon épouse est heureuse, si je vais réussir à travailler et si je supporte bien mon traitement hormonal.
Je lui explique que mon épouse était au courant de ma transidentité avant même notre mariage et que je n'aurais jamais entamé ma transition sans en parler avec elle.
Elle me fait ensuite remarquer qu'elle et mon beau-père étaient apparemment les seuls à ne pas être au courant.
Je lui réponds franchement que nous n'avions pas osé leur en parler parce que nous avions peur de leur réaction, notamment au vu de ce qui s'était passé avec leur fils.
La discussion s'arrête peu après.
Je ne prétends pas pouvoir savoir ce qu'elle pensait au moment d'écrire chacun de ses messages. Mais le fait qu'elle ait immédiatement utilisé mon ancien prénom en réponse au message dans lequel je venais justement de lui annoncer mon prénom et de lui expliquer que je tolérerais volontiers les erreurs m'a déjà fait tiquer.
Et la suite a surtout levé l'ambiguïté.
Lors des discussions qui ont suivi avec mon épouse, sa position a été très claire. Sa phrase exacte a été :
« Tant qu'il ressemble pas à une femme, je l'appellerai [deadname]. »
Donc le problème pour moi n'est pas qu'elle puisse se tromper.
Je viens de lui annoncer ma transition. Je trouverais parfaitement normal qu'après m'avoir connue pendant dix ans sous un autre prénom et au masculin, elle fasse des erreurs pendant des semaines ou même des mois.
Ce qui me pose problème, c'est le refus d'essayer.
Et surtout ce que ce refus signifie pour moi : ce n'est pas simplement entendre un prénom que je n'aime plus ou le mauvais pronom. C'est devoir maintenir une relation avec quelqu'un qui me dit explicitement qu'elle ne reconnaît pas mon identité et qu'elle décidera elle-même à partir de quel moment mon apparence me donnera droit à mon prénom et au féminin.
Le précédent avec son fils me fait également fortement douter que ce soit seulement une réaction temporaire au choc de l'annonce : elle refuse toujours de le genrer correctement alors qu'il a fait son outing depuis bien plus longtemps et a aujourd'hui une apparence masculine/androgyne.
J'ai donc décidé de poser une limite.
Tant que ma belle-mère refusera délibérément de faire l'effort d'utiliser mon prénom et de me genrer au féminin, je ne souhaite plus avoir de relation avec elle.
Concrètement, je ne compte plus échanger avec elle, aller chez elle ou participer aux événements familiaux auxquels elle est présente.
Ce n'est pas nécessairement définitif. Si elle change de position et accepte simplement d'essayer, même en faisant des erreurs, la porte n'est pas fermée.
Nous avions justement plusieurs repas de famille prévus dans les prochaines semaines et j'ai déjà décidé de ne pas y aller. Mon épouse ira donc seule.
C'est aussi ce qui me fait me demander si ma réaction est disproportionnée.
Mon épouse comprend ma position et la respecte, mais elle regrette que je m'exclue moi-même de sa famille et ne veut pas se retrouver le cul entre deux chaises. De mon côté, je ne lui demande absolument pas de choisir entre ses parents et moi, ni de réduire ses propres relations avec eux.
Je n'ai par ailleurs plus de relations avec ma propre famille depuis bien avant mon coming-out. En faisant ce choix, je sais donc que c'est aussi moi qui vais perdre une partie des moments familiaux auxquels je participais jusqu'ici.
Mais je préfère actuellement m'en retirer plutôt que de devoir accepter comme condition pour y participer qu'une personne puisse volontairement nier mon identité à chaque fois qu'elle s'adresse à moi.
Donc :
STB de poser comme condition à toute relation avec ma belle-mère qu'elle fasse au minimum l'effort d'utiliser mon prénom et le féminin, alors qu'elle refuse délibérément de le faire et ne semble pas vouloir en discuter ?